Mardi 29 avril 2008
La source de la peine et de la misère
Selon Bouddha, cette loi s'applique à tous les phénomènes, sans exception. Pour lui, la seule alternative à la douleur, c'est son absence. C'est-à-dire ne plus produire, ne plus voir apparaître. Si on s'en tient à cette logique, la libération dont on parle dans le theraváda ne doit pas correspondre au fait d'atteindre une sphère ou une conscience, fut-elle parfaitement dépouillée de peine, tout simplement parce qu'il n'y aurait pas la place pour cela. En toute logique, la libération doit être le fait que la souffrance ne réapparaisse pas.
Si nous regardons ce qui, dans le monde dans lequel nous vivons, est source de peine et de misère, nous verrons essentiellement trois choses.
Nous verrons que ce qui cause un nombre considérable de peine et de misère dans notre monde, est le fait d'adhérer à un ensemble de vues et de croyances, quelles qu'elles soient (religieuses, philosophiques, politiques, scientifiques, matérialistes, spirituelles, etc.)
Nous verrons ce qui est aussi générateur d'un nombre considérable de peine et de misère, qui se perpétue à travers les mondes, ou tout simplement à travers nos journées, c'est la présence du désir, de la soif, de l'envie. Le besoin de faire quelque chose, c'est-à-dire : le besoin de satisfaire un manque, le besoin d'étouffer une peine et de remplacer celle-ci par un plaisir.
Nous verrons enfin, que, ce qui est source considérable de peine et de misère dans ce monde, c'est la colère, l'adversité, la haine, qui est générateur de réactions brutales et douloureuses.
Nous verrons que, l'ensemble de l'humanité, pour ne parler que d'elle (nous pouvons aussi parler des animaux, puisque nous partageons notre terre avec eux), que notre vie, est toujours empoisonnée par ces trois choses. Les humains vivent bousculés, constamment choqués, remués par ces trois éléments. L'histoire de l'humanité se caractérise par de grands courants de pensée, et par l'adhésion à des courants religieux ou politiques. Elle se caractérise par une course effrénée des plaisirs des sens. Elle se caractérise par l'expression quotidienne et systématique de la haine et de l'adversité.
De la même manière que pour arriver à éteindre la lumière, la seule façon que nous avons d'y parvenir est de couper la source d'énergie qui entretient la lumière. Ne plus apporter d'huile dans la lampe à huile, ne plus apporter d'électricité dans l'ampoule. De la même manière, ne plus apporter de "carburant" à la peine et à la misère que nous devons subir chaque jour. Ce carburant, c'est l'adhésion à des vues, des croyances et des convictions ; le désir, la quête aveugle au plaisir ; et l'adversité, la haine.
Nous voyons qu'il n'y a pas dans ce discours, l'encouragement à un rite, à une prière ou à une pratique religieuse, car cela est le résultat d'être aveuglé par des croyances. Il n'y a pas non plus d'encouragement à une espèce de compassion exacerbée d'amour universelle, parce que cela est lié, d'une façon ou d'une autre, au désir. Il n'y a pas non plus d'encouragement à la guerre, car cela est lié à la haine.
Cesser de faire
L'enseignement qui est le nôtre, n'est pas un enseignement qui encourage à faire quelque chose de particulier, mais qui encourage tout à fait au contraire à cesser de faire. Il encourage à cesser de faire tout ce qui nous entretient dans nos vues, dans nos croyances, dans nos rites, c'est-à-dire dans notre misérable ignorance du quotidien. Il ne convient pas de remplacer ces croyances par une forme quelconque de soi-disant connaissance ou sagesse. Parce que remplacer une croyance par une autre, c'est remplacer l'ignorance par de l'ignorance.
Notre enseignement n'est pas non plus l'adoption de comportement, qui se voudrait, d'une manière ou d'une autre, être encore une forme de désir, un mouvement, un élan. Il n'est pas non plus un encouragement à la fuite, qui est un rejet, une adversité.
Notre enseignement est l'abandon. Il est l'abandon des vues, des croyances, des convictions personnelles et des opinions, qui est possible par l'exercice d'un raisonnement logique et simple, sur les choses de la nature. Il est l'abandon de la course effrénée aux plaisirs des sens, l'abandon de cette course aveugle, grossière, presque animale, qui est rendu possible par des exercices de méditation, de détente, de relaxation, une maîtrise des sens. Enfin, il est l'abandon d'attitudes visant à nous mettre en rejet, d'attitudes de haine et d'adversité, qui est possible par l'adoption et le respect de certains préceptes de vie, de non-agressivité, de préceptes où nous allons nous abstenir de commettre des actes nuisibles (par le corps ou la parole), générateurs de souffrance.
L'enseignement qui est le nôtre est une hygiène de vie, basée non pas sur la production d'actes ou de paroles soi-disant bénis ou libérateurs. Au contraire, elle est basée sur l'abstention de comportements et d'attitudes qui sont celles qui continuent d'entretenir l'humanité dans sa spirale perpétuelle de reproduction de la misère, de la tristesse, de la violence et de la peine. Nous ne cherchons pas à acquérir un savoir qui est transcendant, mais plutôt à arrêter de nous entretenir dans ces savoirs, que nous croyons être des savoirs, mais qui ne sont que des convictions et des idées personnelles, et parfois même pas ! Quand nous discutons avec quelqu'un qui sait, avec un maître du bouddhisme, avec une personnalité de la chrétienté, avec un érudit du soufisme ou du judaïsme, nous discutons avec quelqu'un qui "sait". Ces gens n'ont que le mot "vérité" à la bouche ; ils savent. Et il faudrait que nous fassions l'acquisition de ce savoir pour nous ériger, à notre tour, au rang de sage. En fait, ces gens se caractérisent par un savoir qui n'est même pas le leur, dont ils ont hérité, et ils s'en vantent. Ils disent que leur enseignement est plus près de la vérité parce qu'il est plus ancien.
Ce que nous disons, c'est que cet enseignement est plus loin de la vérité parce qu'il est ancien. Il est simplement un héritage de croyances, de dogmes et d'idées qui ne nous appartiennent pas et qui ne sont pas nées de notre réflexion.
Auteur : Moine Sásana - Dhammadana.org
par occitanne
publié dans :
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çà c'est une orchidée sauvage
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